La praluline, toute chaude, puis perdue, le recyclage alimentaire et la politique monétaire (si, si)

La praline rose est un incontournable des desserts de la région lyonnaise. Tarte aux pralines roses, brioches aux pralines, glaces, et tout ce que permet l’imagination pour les desserts à l’assiette. Je ne suis pas très fan, à vrai dire, de cette spécialité qui n’est jamais qu’une amande enrobée de pur sucre au colorant rouge. En théorie, donc, la praline rose ne fait pas vraiment partie de mes irrésistibles! Sauf que quand je passe devant une boutique Francois Pralus, le chocolatier roannais, et qu’il est 10heures du matin, que le petit-déj est déjà un lointain souvenir, que dans la rue flotte l’odeur de la praluline toute chaude à la sortie du four… j’avoue une certaine faiblesse. OK, pour me rattraper, je vais faire une bonne action : du recyclage alimentaire. Résultat, une petite praluline à grignoter toute chaude, et une énorme praluline qui va rassir et que je vais héroïquement sauver du gaspillage en la recyclant en… french toast. J’ai du me laisser contaminer par le storytelling haletant de la Cop21 pour nous faire croire à la grandeur du politique, au sens de l’intérêt général, ou nous convertir à la prière de déesse Nature. J’ai donc regardé rassir la praluline pendant trois jours et le dimanche matin suivant, alors qu’un Fabius en larmes annonçait un accord historique et nous infligeait un spectacle consternant, j’étais tiraillée entre 1. me remettre à l’écriture d’un article sur la résurgence du naturalisme et les dangers de s’en remettre à un ordre naturel, qui revient à se soumettre à la loi divine et expulser l’homme de la construction civilisationnelle, ou 2. préparer un breakfast de champions. La gourmandise me perdra. Me voilà lancée dans mon entreprise de recyclage, en pestant que ce n’est pas la nature mais la culture qu’il s’agirait de sauver, la bêtise étant beaucoup plus polluante et très peu biodégradable. Plus glamour que le bac à compost en bas de l’immeuble, on découpe la praluline en tranches de 2cm d’épaisseur, on blanchit 4 jaunes (et on garde les blancs, à recycler encore – nan mais EELV va me décerner une médaille de vert(u) – en meringues, financiers, ou… omelette blanche pour les jours de detox, au choix) avec du sucre, mais je n’ai pas mis les 40g préconisés dans une recette très mnémotechnique (4 jaunes, 40g de sucre, 40cl de crème liquide – du lait? No way ! C’est tellement meilleur tout à la crème, full cholestérol), pensant que le sucre des pralines allait fondre à la cuisson et qu’il fallait laisser un peu de place pour le sirop d’érable extra et super ambré rapporté en direct de Montréal par l’amie Foodie Froggy. Donc un tout petit peu de sucre juste pour blanchir les jaunes en fouettant énergiquement. On ajoute la crème (et là j’ai pensé que ce serait chouette d’ajouter un peu de rhum pour parfumer, ce qui m’a inévitablement rappelé les légendaires scènes de ménages entre mon grand-père et ma grand-mère préparant les gaufres du goûter, l’un considérant qu’une pâte sans rhum n’aurait pas de goût et l’autre que le rhum c’était pas pour les enfants… et ça se finissait en « chacun son saladier de pâte à gaufres », double ration pour deux petits goinfres appelés à élire la meilleure gaufre – celle au rhum + chocolat + ce qu’il restait de la chantilly après avoir entarté la grandma). Mais je me suis dit qu’au petit-déj, le rhum, pas raisonnable. Alors j’ai gratté une gousse de vanille dans la préparation (il aurait fallu l’infuser la veille), puis trempé les tranches de praluline (certaines recettes préconisent une longue immersion, jusqu’à une nuit : très peu pour moi, ça donne une mixture gloubi boulga et on ne peut plus reconstituer les tranches, donc quelques minutes suffisent largement à imbiber la brioche). Pendant ce temps, on prépare du beurre clarifié (pour la manip allez surfer sur les blogs de stars de la cuisine, ici c’est plutôt un blog où on déguste) pour poêler les pralulines perdues, sinon le beurre brûle et noircit. Ensuite on cuit les tranches de brioche, le sucre des pralines fond et caramélise (après faut faire la vaisselle c’est bien pour ça que les french toasts, moi je les trouve meilleurs au Four Seasons). Quelques minutes de chaque côté, je dirais 5 minutes en tout. Et voilà! Verdict, c’est vraiment gourmand, mais je préfère une brioche neutre qui donne un résultat un peu moins sucré. Sinon la proportion jaunes / crème était parfaite sachant que j’ai du mal avec les pains perdus trop « eggy » comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique. Autre note to myself : couper les bordures des tranches avant de les tremper, elles n’apportent rien de très bon et c’est plus joli et léger sans. Et pour les jusqu’au boutistes du recyclage, on doit pouvoir filtrer la préparation de trempage et la cuire en flan. Pendant qu’il est encore temps puisque la grande peur du moment, c’est que le réchauffement climatique transforme tous les flans et les flamby en crèmes brûlées. Ce qu’il manque? Être à NYC, se faire servir un french toast avec l’enthousiasme des new-yorkais, en lisant le NYTimes… Nostalgie qui me mènera tout droit sur le web Air France. Et un autre suspens haletant : le conseil de la FED… Bah quoi? En bonne athée, je me retrouve à prier sainte Janet Yellen pour qu’elle ne relève pas ses taux directeurs au moment où super Mario joue l’assouplissement monétaire. Parce que de tout cela dépend tout de même mon pouvoir d’achat en french toasts et autres réjouissances new-yorkaises, donc si l’on pouvait sauver l’euro de la dégringolade, merci. Ah, autre chose, chez Pralus, à part les pralulines, évidemment une tablette de chocolat et mon préféré : le Cuba. On ne trouve pas si souvent cette origine dans les gammes des chocolatiers alors on profite!

Pralus, ici à Lyon mais aussi ailleurs, adresses sur le site web

Et mes french toasts préférés à NYC et à Paris

  
   
    
 

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