Upgrade le croissant !

Depuis la création hybride de Dominique Ansel à NYC, le cronut mi croissant mi donut pour lequel il fallait faire la queue (relire ici) et qui change de parfum chaque mois, les initiatives pour pimper le croissant matinal ne manquent pas. Le cruffin mi croissant mi muffin crée à San Francisco par Mr Holmes, depuis disponible et encore meilleur dans l’outpost new-yorkais Supermoon Bakehouse, nous régale de ses textures multiples et ses fourrages aux associations de parfums toujours plus audacieuses. À Paris depuis ce début d’année Les French Bastards en proposent une version extra, folie anglo-saxonne x savoir-faire boulanger français qui fait des étincelles! Goûté en version caramel, il est croustillant puis moelleux à l’intérieur, courrez chez les bastards, qui sont en réalité adorables, je crois que c’est désormais ma boulangerie préférée à Paris ! Plus classique et en saison, Storher propose un genre de cruffin à la framboise. Si l’on garde la forme croissant, c’est encore Supermoon bakehouse qui en concocte de terriblement décadents avec fourrage banane chocolat, chocolat meringue et autres parfums selon l’inspiration du moment. Chez Vive la tarte à San Francisco même pitch : indécence matinale ultra gourmande ! Thierry Meunier boulanger MOF qui a désormais son kiosque au lafayette gourmet à Paris roule des croissants au chocolat en version XXL à partager… ou pas ! Bo&Mie les fait avec une pâte chocolat et un fourrage praliné. Et chez le boss Pierre Hermé, je ne suis pas très fan de la saveur signature ispahan mais en revanche les parfums éphémères sont parfois réjouissants comme le croissant au citron. Et juste après les photos, c’est moi qui vous propose un peu de confiture pour upgrader la matinale et nourrir un peu la matière grise, pas seulement l’estomac 😜 Un petit texte que j’avais écrit il y a quelques années je ne sais plus pour quel séminaire ou conférence et qui est aujourd’hui bien plus en phase avec l’actu! Café croissant lecture : la matinale !

Et voici la petite confiture pour étaler sur le croissant 😜

La démocratie directe : une construction formelle sans altérité 

 

 Démocratie directe, démocratie participative, cyberdémocratie, gouvernance… Si, comme l’avait souligné Tocqueville, la démocratie, plus qu’un régime stabilisé, est avant tout un principe et processus, on mesure à quel point et en quel sens son mode de fonctionnement a pu se transformer. Par essence, la pratique démocratique est en perpétuel renouvellement dès lors que, fondée sur l’autonomie et issue du projet moderne d’émancipation, elle place au centre l’individu citoyen, duquel le pouvoir n’est que l’émanation. 

 

La conquête du statut de citoyen a constitué la substance de l’autonomisation du sujet dans le projet moderne. L’idéal démocratique s’appuie en effet sur cet individu citoyen, défini à la fois par ses droits et ses devoirs, dans les modalités du vivre-ensemble qui se dessinent avec le déploiement des principes du libéralisme politique. L’émergence des démocraties peut alors se comprendre comme une dynamique d’articulation possible entre un souci d’autonomie individuelle et une nécessaire dimension transcendantale : la dimension d’extériorité constituant le point d’appui de cette dialectique s’exprimait à travers la notion d’intérêt général, associée à un projet de devenir collectif, au fondement de la légitimité d’un gouvernement à occuper une place d’exception. Dans la démocratie représentative, si le peuple est source de pouvoir, il ne l’exerce pas, ce qui constitue une garantie d’impersonnalité et d’extériorité de la Loi. Le processus démocratique relève d’une dialectique entre le principe de la liberté individuelle et la nécessité d’une cohésion sociale. Aussi, il se trouve inéluctablement traversé de tensions dans l’élaboration toujours instable d’une forme d’articulation entre l’autonomie et l’hétéronomie. Le levier de cette dynamique consiste à récuser toute soumission à des règles qui ne seraient pas issues du corps social (mais issues par exemple de la religion, de personnes, d’intérêts privés…). Ceci s’exprime dans le fait que la Loi prévaut toujours sur le contrat interindividuel ; le gouvernement des lois – exprimant la volonté générale – s’oppose à l’arbitraire du pouvoir personnel. Dans ce schéma, l’Etat institue un gouvernement au nom de l’intérêt général son autorité trouve ainsi son mode de légitimation. L’intérêt général ainsi conçu ne se situe pas sur le plan d’une arithmétique d’intérêts individuels mais bien dans une dimension d’extériorité aux réalités particulières, irréductible à un agrégat de préoccupations privées. 

 

L’accélération de l’égalitarisme et de l’égo-tisme qui aujourd’hui va de pair avec la délégitimation de la médiation politique traduit au fond une mutation dans la conception de l’égalité : de l’égalité entre des hommes considérés dans leur dimension publique de citoyens, le mouvement en vient aujourd’hui à une conception de l’homme privé considéré dans son abstraction (évinçant donc toute subjectivité). Le refus de l’autorité se radicalise à travers le postulat relativiste d’une équivalence des légitimités. Or, en l’absence de hiérarchisation et de principe symboliques, la concurrence des intérêts individuels mène à une impasse qui se révèle dans leur impossible conciliation. D’où le déploiement d’un idéal de gestion procédurale horizontale. Cependant, dans ce mouvement, l’apparence de l’abolition des hiérarchies et de progression de l’égalité ne doit pas masquer la substitution d’un jeu d’influence à l’autorité légitime. Le rejet de l’autorité rend perméable à des formes de conditionnement, de manipulation, plus invisibles. L’autorité visible peut être reconnue dans le cadre d’un consentement éclairé ou au contraire contestée ; l’influence constitue une modalité d’aliénation beaucoup plus insidieuse.

 

La délégation de pouvoir à un élu représentatif semble être vécue aujourd’hui comme une véritable dépossession, une atteinte insupportable portée à la souveraineté individuelle. Dans le mouvement d’affaiblissement du politique, c’est la séparation – fondamentale en démocratie – entre la sphère publique et privée qui évolue vers une confusion : les préoccupations privées prennent le pas sur l’intérêt général. La délégitimation du politique s’accompagne paradoxalement d’une demande croissante adressée à l’Etat, traduisant bien l’évolution de la conception de la citoyenneté : l’émancipation individuelle était liée à l’inscription dans l’œuvre collective alors qu’aujourd’hui, l’individu demande aux institutions publiques les moyens de son accomplissement. Dans ce contexte, la dialectique entre le peuple et ses représentants n’opère plus à travers la représentation mais la représentativité, où les politiques renvoient le miroir des émotions plutôt que se faire les promoteurs d’une vision éclairée de l’intérêt général.

 

La dynamique d’agencement des intérêts individuels qui fait la substance de la gouvernance s’avère infinie dès lors que l’on mesure l’impossibilité inéluctable de trancher – faute de principes faisant sens – entre les revendications décentralisées permanentes qui ne manquent pas de se manifester selon une logique de droits « à » (droits subjectifs). Et c’est là que l’on peut repérer une mutation fondamentale du concept de citoyenneté. La déconstruction du Droit, son démantèlement en droits subjectifs, traduisent l’intolérance à la règle extérieure aux individus et à un principe de justice transcendant le jeu des différences et des oppositions. Une telle dynamique ouvre la voie à une concurrence de revendications – posées comme également légitimes – d’individus ayant-droits. 

 

C’est la grégarité, aujourd’hui, qui se substitue au lien. Une des manifestations repérables de ce déploiement effectif est bien la tendance au « groupisme » , aux phénomènes d’agrégation / ségrégation autour de réseaux d’affinités. Le déploiement d’une égalité formelle, postulée ex ante, revient à rendre inconcevable la différenciation symbolique, la dissymétrie. L’agrégation n’est pas le lien et ce mouvement rend problématique l’ouverture, pour l’individu, à un niveau d’altérité autre que sa propre image. La mise en exergue, la visibilité, de différences produites (et consommées selon la logique du marché) n’est pas la prise en compte de l’altérité.

L’ « autre » est alors sollicité, à l’heure du narcissisme de masse, comme simple miroir, dans une demande de reconnaissance de soi estimable, pour faire valider sa propre valeur. Il s’agit de la reconnaissance non pas tant de place mais de valeur comptable. L’autre n’est plus compris comme la condition d’un possible qui en même temps vient rappeler l’irréductible faille du rapport inter-subjectif. L’autre est dans le même temps dénoncé comme cause d’insatisfaction, d’empêchement, de dépossession, lesquels étant vécus comme insoutenables et intolérables. Il s’agit de vérifier en permanence que l’on n’est pas « abusé » par l’autre. Une vision compensatoire du vivre-ensemble tend ainsi à s’affirmer. On est bien loin de la citoyenneté comme cheminement exigeant vers une émancipation personnelle prenant en compte la nécessité de composer avec l’autre et de s’inscrire dans un monde commun.

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